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Vivre sa retraite à l’étranger : ils ont franchi le pas
Il y a le ciel, le soleil et la mer... Si la chanson est un peu tombée dans l’oubli, l’envie d’aller chercher le bonheur sous d’autres cieux séduit toujours plus de retraités. Un rêve de vie meilleure
qui se concrétise souvent sans embûches. Mais partir dans un autre pays à la retraite peut aussi virer à la désillusion lorsque le projet n’est pas bien préparé. VIRGINIE SKRZYNIARZ
Des fiscalités douces
Voici bientôt cinq ans que Christiane*, 69 ans, et son mari, Jean-Louis, 71 ans, ont troqué leur trois-pièces de l’est parisien pour une maison, entourée d’un jardin arboré, dans la région de l’Algarve, au sud du Portugal. « Nous n’avions pas d’attache particulière ici, lâche le septua- génaire. Mais nous étions venus en tant que touristes et avions eu un coup de cœur pour le pays. Le climat, les gens, la cui- sine... tout nous plaisait. Quand l’heure de la retraite a sonné, nous nous sommes alors dit “pourquoi pas ?”»
Aujourd’hui les journées de ces deux ex- enseignants sont rythmées par la lecture, les cours de portugais, les baignades, les déjeuners en terrasse... et le golf, auquel ils se sont initiés par le biais de compa- triotes rencontrés au sein de l’Union des Français de l’étranger (UFE). Heureux et épanouis, ils n’ont qu’un regret : ne pas avoir fait le grand saut plus tôt.
À l’instar de Christiane et Jean-Louis, combien de retraités ont choisi de quit- ter l’Hexagone ? Plus d’un million, selon les derniers chiffres de la Caisse natio- nale d’assurance vieillesse (Cnav). « Mais ils sont en réalité moins nombreux, sou- tient Paul Delahoutre, le fondateur du site retraitesansfrontiere.fr, une mine d’informations pour les candidats à l’ex- patriation. Car ce nombre englobe des situations très différentes. Pour ma part, je préfère me fier à l’estimation du spé- cialiste des migrations humaines, Jean- Paul Gourévitch, qui fait état de quelque 600 000 personnes, partagées en trois groupes, à parts approximativement égales. Le premier correspond aux travail- leurs immigrés qui retournent dans leur
pays d’origine. Le deuxième, aux expatriés qui restent dans le pays qui les a accueillis. Le troisième, enfin, aux exilés volontaires, autrement dit, ceux – souvent des cadres moyens ou supérieurs – qui, l’heure de la retraite venue, font le choix d’élire domi- cile en dehors de la France. »
Les motivations de ces derniers, dont la proportion augmente d’année en année, sont variées : la recherche d’un climat ensoleillé, bien entendu, mais également, assure le dirigeant du site, l’envie d’avoir un meilleur niveau de vie et d’être moins taxé, voire celle de se sentir davantage en sécurité...
Partir loin... pour gagner du pouvoir d’achat
L’inscription au consulat n’étant pas obli- gatoire, il n’existe pas de statistiques offi- cielles concernant les destinations les plus attractives mais, d’après le classe- ment de Paul Delahoutre, le Portugal arrivait en tête jusque récemment (les retraités étrangers y étaient, jusqu’en 2020, exonérés d’impôt sur le revenu pendant les dix premières années, et depuis 2020 imposés seulement à 10 %, un cadeau fiscal finalement supprimé en 2024), juste devant l’Espagne. Viennent ensuite la Grèce, la Thaïlande, le Maroc, la Tunisie, l’île Maurice, le Sénégal et l’Indo- nésie. Ces neuf pays accueilleraient à eux seuls 90 % des retraités français.
Le choix du point de chute dépend des attentes des uns et des autres. Mais s’il s’agit de réaliser des économies, ce qui semble être la priorité d’un nombre crois- sant de ces retraités, sachez qu’il vaut
La Malaisie apparaît comme le pays le plus avantageux
au niveau fiscal, avec
une exonération d’impôt
sur le revenu à vie. Seule condition : toucher plus de 2 100 € de pension mensuelle ou déposer dans une
banque locale au moins 33 000 € de capitaux.
La Grèce se distingue aussi avec un taux d’imposition de 7 % seulement pendant 15 ans. La Bulgarie offre le même taux de 10 %, mais à vie.
La Tunisie, propose
un abattement de 80 %, l’imposition se calcule sur les 20 % de votre pension restant, à condition de transférer celle-ci dans une banque tunisienne.
Attention, pour profiter
de ces avantages financiers, vous devez vous préparer à un parcours du combattant administratif. De nombreuses démarches sont nécessaires pour partir l’esprit tranquille. Il faut contacter sa banque, sa caisse de retraite, la Sécurité sociale, et bien d’autres organismes. Il est aussi recommandé de consulter un notaire pour évoquer les conséquences en matière de succession
de cette expatriation.
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