Hôpital : faut-il limiter les urgences aux cas les plus graves ?
En France, chaque année, 28 000 patients en moyenne sont accueillis sans restriction aux urgences de chaque établissement hospitalier. Quelle que soit la pathologie, ils ont un accès illimité aux admissions. Parmi ces patients, 5 % seulement sont en urgence vitale et 8 patients sur 10 arrivent par leurs propres moyens. Pour faire face à l’engorgement des services d’urgences, la Fédération des médecins de France propose de limiter les conditions d’admission en obligeant les patients à se rendre d’abord chez leur médecin généraliste.
Les associations de patients s’y opposent et répondent qu’en dehors des cas vitaux, les urgences sont fréquentées avant tout par les patients sans ressources qui n’ont pas les moyens d’avancer les frais. En limitant l’accès aux soins, on risquerait de créer une médecine à deux vitesses. Le débat reste un vrai casse-tête pour les pouvoirs publics.
En France, l’accès aux urgences n’est pas limité : c’est une des spécificités de notre système. Quand on vient aux urgences, on sait qu’on sera forcément pris en charge, mais on ne sait pas dans combien de temps.
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Les patients sont reçus non pas dans l’ordre de leur arrivée mais dans l’ordre de gravité. Et régulièrement le débat sur l’accès illimité aux urgences réapparait. En octobre dernier, lors du projet de loi sur le financement de la Sécurité Sociale, la Fédération des médecins de France a proposé une réorganisation de l’offre de soins qui mettrait fin à l’accès libre aux urgences. Mais pour le moment, ce débat n’a pas encore été tranché.
75 % des admissions aux urgences ont lieu aux horaires d’ouverture des cabinets médicaux
La Fédération des Médecins de France s’appuie sur ce constat : en 2016, sur plus de 20 millions de passages aux urgences des 700 structures hospitalières de France, 16 millions n’ont pas donné lieu à hospitalisation. Ce sont donc des cas qui auraient pu être traités par un médecin généraliste. 75 % des admissions aux urgences ont d’ailleurs lieu aux horaires d’ouverture des cabinets médicaux, entre 8 heures et 20 heures. Jean-Paul Hamon, le président de la Fédération des médecins de France, est même assez alarmiste : « L’hiver, en cas d’épidémies, les malades peuvent patienter jusqu’à dix heures. Des opérations programmées doivent être reportées… Des gens décèdent. Donc oui, il faut que ça change… » Selon lui, le financement actuel de ces urgences, qui n’en sont pas, vraiment coûterait 3 milliards d’euros par an et il pourrait être diminué considérablement. Pour cela, il propose une solution radicale : « Il faut filtrer l’entrée aux urgences. Hormis ceux qui sont amenés en ambulance, les patients ne devraient accéder à l’hôpital qu’après consultation d’un médecin de ville. »
Ceux qui vont régulièrement aux urgences sont souvent ceux qui ne peuvent pas avancer les frais
Alain-Michel Ceretti, président de France Assos Santé, qui réunit 70 associations de patients, pense exactement le contraire : « Si votre enfant a un gros problème le dimanche et que votre médecin ne répond pas, vous faites quoi ? Faire un tri sélectif introduirait une perte de chance considérable d’être bien soigné. »
Pour lui, les plus pauvres seraient les premières « victimes » d’une telle réforme. La France, cinquième puissance économique mondiale, compte en effet neuf millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et cinq millions d’exclus de la santé. Ceux qui vont régulièrement aux urgences sont souvent ceux qui ne peuvent pas avancer les frais.
Que feront-ils si l’accès aux urgences est réglementé ?
Pour Alain-Michel Cerretti, « les patients doivent pouvoir continuer à juger de l’urgence de leur situation… Les gens ne vont pas aux urgences par plaisir… »
Le débat est difficile à trancher car toutes les infirmières et les aides-soignantes qui travaillent aux urgences souhaiteraient pouvoir consacrer davantage de temps aux patients en urgence vitale et moins de temps à ce qu’elles appellent la « bobologie », ces « petits bobos » qui ne justifient pas d’encombrer les urgences des hôpitaux. Les parents qui n’ont pas les moyens de consulter chez un pédiatre se rendent aussi tout naturellement aux urgences pédiatriques des hôpitaux, même pour une petite fièvre.
Ce sont ces pratiques qu’il faut changer. Un des moyens d’y parvenir est peut-être, selon les associations, de déployer une offre de garde de proximité, avec des médecins libéraux plus nombreux et des maisons de garde.
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